Le film policier asiatique, les indispensables

Du mercredi 11 février au dimanche 1er mars 2026

Le film policier asiatique à l’honneur à la Cinémathèque française.

Du 11 février au 1er mars 2026, la Cinémathèque française consacre une rétrospective au polar asiatique.

Longtemps méconnu du grand public, ce cinéma de genre connaît une reconnaissance internationale à partir des années 1990. Les noms de Takeshi Kitano, John Woo ou Park Chan-wook s’imposent alors dans l’imaginaire collectif.

Le film policier japonais oscille entre plusieurs registres. D’un côté, l’hyperbole grand-guignolesque d’un Takashi Miike avec Ichi the Killer. De l’autre, l’intériorité opaque d’un Kiyoshi Kurosawa avec Shokuzai. Entre les deux, Takeshi Kitano propose un statisme toujours prélude à une fureur suicidaire.

Cette programmation met particulièrement en valeur le cinéma japonais. Six projections permettent ainsi de découvrir ou redécouvrir des œuvres majeures.

Programmation des films policiers japonais : dates et horaires

Voici le calendrier complet des projections japonaises du cycle :

  • Samedi 14 février à 18:30 : Violent Cop de Takeshi Kitano (98 min, 35mm, VOSTF) – Salle Henri Langlois
  • Samedi 14 février à 20:45 : Cure de Kiyoshi Kurosawa (111 min, DCP, VOSTF) – Salle Henri Langlois
  • Dimanche 15 février à 17:00 : Ichi the Killer de Takashi Miike (129 min, DCP, VOSTF, version restaurée) – Salle Henri Langlois
  • Samedi 28 février à 14:30 : Shokuzai, partie 1 : Celles qui voulaient se souvenir de Kiyoshi Kurosawa (122 min, DCP, VOSTF) – Salle Henri Langlois
  • Samedi 28 février à 18:30 : Shokuzai, partie 2 : Celles qui voulaient oublier de Kiyoshi Kurosawa (152 min, DCP, VOSTF) – Salle Henri Langlois
  • Dimanche 1er mars à 14:30 : Sonatine, mélodie mortelle de Takeshi Kitano (94 min, 35mm, VOSTF) – Salle Henri Langlois

Toutes les projections se déroulent en salle Henri Langlois. Les films sont présentés en version originale sous-titrée français.

Les films policiers japonais programmés : de Kitano à Kurosawa

La sélection japonaise réunit des œuvres essentielles du genre. Chaque film révèle une facette différente du polar nippon.

De la violence stylisée à la réflexion philosophique, ces cinéastes partagent néanmoins des préoccupations communes : les yakuzas en crise, les antagonistes en miroir, les communautés d’hommes confrontées à la fatalité.

Violent Cop : le coup d’essai magistral de Takeshi Kitano

Premier film de Takeshi Kitano, Violent Cop frappe par sa radicalité. Le cinéaste y incarne une figure du nihilisme, un anti-héros solitaire dans une tragédie taciturne et étrangement absurde. Tous les codes du film policier y sont éclatés.

D’une force sidérante, sa mise en scène mêle froideur clinique et éclairs de violence. Les silences lourds ponctuent ce récit sobre et brutal. Un coup d’essai mémorable qui annonce déjà l’univers singulier du cinéaste.

Avec Maiko Kawakami et Makoto Ashikawa, Kitano pose les bases de son esthétique future. Ce film de 1989 reste un jalon essentiel de sa filmographie.

Cure de Kiyoshi Kurosawa : un thriller philosophique déconcertant

Fin 1997, Cure circule dans quelques grands festivals. C’est un choc. Le film révèle au public international l’un des plus importants cinéastes contemporains.

Avec une science inouïe du cadrage et de la durée, Kurosawa redéfinit le thème du serial killer. Son récit suit une série de meurtres perpétrés par des individus ordinaires, tenus sous la domination hypnotique d’un étrange assassin. Le film refuse tout lyrisme. Une angoissante familiarité des événements et des choses s’en dégage.

Porté par le génie de Kôji Yakusho, Cure décrit l’humanité comme hantée par une pulsion de mort. Chacun construit sa propre identité avec un sourd désir d’annihilation. Être n’est possible que dans la négation de l’être.

Cette vision allait nourrir toute la filmographie ultérieure de Kurosawa. Un art de la mise en scène comme rhétorique d’un regard sans illusions sur la condition humaine.

Ichi the Killer de Takashi Miike : l’outrance gore assumée

Soupçonné de s’être enfui avec un important butin, un chef yakuza est recherché par son bras droit. Dans une inlassable quête d’outrance au mauvais goût assumé, Takashi Miike embrasse la folie de son héros jusqu’au grotesque.

Ichi the Killer est un ballet gore aux élans cartoonesques. Le film repousse les frontières de la radicalité avec une inventivité débridée. Adapté du manga d’Hideo Yamamoto, il réunit Tadanobu Asano, Nao Ômori et Shin’ya Tsukamoto.

Cette version restaurée de 2001 permet de redécouvrir l’œuvre dans toute sa splendeur visuelle. Un film qui ne laisse personne indifférent.

Shokuzai : le diptyque psychologique de Kiyoshi Kurosawa

Adapté du roman de Kanae Minato, Shokuzai se déploie en deux parties. Incapables de reconnaître le meurtrier de l’une de leurs camarades d’école, des jeunes femmes portent le poids de cette dette morale à l’âge adulte.

Pour ce premier volet, Kurosawa dissèque minutieusement le trauma d’enfance. Cette variation troublante sur la culpabilité raconte l’incapacité à oublier le passé et les non-dits. Avec Kyôko Koizumi, Teruyuki Kagawa et Yū Aoi, le cinéaste explore les méandres de la mémoire.

La deuxième partie fonctionne comme un polar psychologique et dramatique. Dans une observation clinique du réel, Kurosawa apporte une conclusion tragique à son récit. Il érige la vengeance en perpétuation de la douleur.

Ce final poignant dépeint une société patriarcale dont les femmes demeurent prisonnières. Un diptyque fascinant qui confirme le talent du cinéaste.

Sonatine, mélodie mortelle : la révélation de Kitano en Occident

Quatrième réalisation de Takeshi Kitano, Sonatine, mélodie mortelle est un échec cuisant au box-office japonais en 1993. C’est pourtant le film qui le fera connaître du public français.

Avec une esthétique anti-spectaculaire, le cinéaste élabore un yakuza eiga mélancolique. Cette déconstruction des codes du genre prend la forme d’une méditation sur la fatalité et la nostalgie de l’innocence perdue.

Un yakuza taciturne, envoyé avec ses lieutenants sur l’île d’Okinawa, s’abandonne à des jeux plus ou moins mortels. Il attend un inévitable baroud d’honneur. Violence sèche, humour noir et musique minimaliste de Jœ Hisaishi conduisent cette vision contemplative.

Kitano y offre un portrait d’enfants ayant grandi trop vite. Un geste créatif surprenant de fantaisie et de beauté, porté notamment par Aya Kokumai et Tetsu Watanabe.

Dialogue avec Clément Rauger après la projection de Sonatine

La séance du 1er mars de Sonatine sera suivie d’un dialogue de 60 minutes avec Clément Rauger. Animé par Bernard Benoliel, directeur de l’action culturelle et éducative à la Cinémathèque française, cet échange permettra d’approfondir l’œuvre de Kitano.

Clément Rauger a été chargé de cinéma pour Japonismes 2018 et pour la Maison de la Culture du Japon à Paris. Il écrit également aux Cahiers du Cinéma. Son expertise enrichira la compréhension de ce film culte.

Une occasion unique de prolonger la projection par une analyse approfondie. Le dialogue offrira un éclairage précieux sur cette relecture ludique du film noir.

Site web : https://www.cinematheque.fr/cycle/le-film-policier-asiatique-les-indispensables-1501.html

Adresse(s) : 51 rue de Bercy, 75012 Paris (La Cinémathèque française)

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