Rétrospective sur Kinuyo Tanaka, réalisatrice de l’âge d’or du cinéma japonais - Le Japon à Paris

Rétrospective sur Kinuyo Tanaka, réalisatrice de l’âge d’or du cinéma japonais

Du mercredi 15 mai au mardi 18 juin 2024

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Rétrospective des 6 films, inédits, réalisés par Kinuyo Tanaka, à découvrir en version restaurée 4K et en VOSTF à l’Ecoles Cinéma Club !

Kinuyo Tanaka (1909-1977) fut l’une des plus grandes actrices du cinéma japonais. Avec une carrière qui commence dans le cinéma muet et qui finit à la télévision, son parcours est un des plus impressionnants de l’âge d’or des studios.

En 1953, Kinuyo Tanaka décide de passer derrière la caméra, devenant ainsi la première femme cinéaste d’après-guerre. Son parcours de réalisatrice fut semée d’embûches. L’actrice put néanmoins diriger avec succès six longs-métrages pour différents studios :

  • Lettre d’amour (Koibumi), mélodrame autour d’un amour perdu.
  • La Lune s’est levée (Tsuki wa noborinu), comédie du sentiment amoureux « à la Ozu ».
  • Maternité éternelle (Chibusa yo eien nare), parcours sensible d’une femme debout dans la tourmente.
  • La Princesse errante (Ruten no ohi), fresque spectaculaire tirée d’une histoire vraie.
  • La Nuit des femmes (Onna bakari no yoru), édifiant récit du retour à la vie d’une jeune prostituée.
  • Mademoiselle Ogin (Ogin-sama), flamboyante odyssée amoureuse en costume.

Ces six films sont autant d’inoubliables portraits de femmes, portraits qui témoignent d’une voix singulière dans la grande histoire du cinéma japonais classique.

Cette rétrospective a lieu à l’Ecoles Cinéma Club, à partir du 15 mai 2024. La rétrospective Kinuyo Tanaka a déjà eu lieu aux cinémas Le Louxor et Le Champo – Espace Jacques Tati du mercredi 16 février au mardi 10 mai 2022.

Lettre d’amour (Koibumi)

1953 | Japon | 98 mn | Noir & Blanc | 1.37:1 | VOSTF | Restauration 4K

Avec Masayuki MORI, Yoshiko KUGA, Jukichi UNO, Juzo DOSAN, Chieko SEKI et Shizue NATSUKAWA.

Écrit par Keisuke KINOSHITA d’après un roman de Fumio NIWA.

Reikichi, un marin démobilisé, vit dans l’obsession de Michiko, une femme qu’il a aimée avant la guerre.

Quand il n’erre pas dans les rues de Tokyo à la recherche de son amour perdu, il fréquente son frère Hiroshi, qui rêve d’ouvrir une librairie, ou bien Naoto, un camarade devenu écrivain public.

Ce dernier écrit des lettres en anglais pour les jeunes femmes abandonnées par les G.I. américains, à qui elles réclament de l’argent.

Un jour, Michiko fait irruption pour qu’on lui écrive une lettre…

Magnifique portrait du Tokyo d’après-guerre, Lettre d’amour raconte la double réconciliation d’un homme à la dérive : celle avec son pays et celle avec lui-même.

Le film annonce Nuages flottants (1955) que Mikio Naruse dirigera deux ans plus tard avec le même acteur, le charismatique Masayuki Mori.

Alors que tous les personnages masculins du récit semblent s’accorder difficilement avec le monde tel qu’il est devenu, le personnage féminin paraît en avoir une compréhension plus aiguë : la survivante, c’est elle.

La Lune s’est levée (Tsuki wa noborinu)

1955 | Japon | 102 mn | Noir & Blanc | 1.37:1 | VOSTF | Restauration 4K

Avec Chishu RYU, Shuji SANO, Hisako YAMANE, Yoko SUGI, Mie KITAHARA et Ko MISHIMA

Écrit par Ryosuke SAITO et Yasujiro OZU

M. Asai vit à Nara auprès de ses trois filles : l’aînée Chizuru, revenue au domicile familial après la mort de son mari ; la cadette Ayako, en âge de se marier mais peu pressée de quitter les siens ; et la benjamine Setsuko, la plus exubérante des trois sœurs qui rêve de partir s’installer à la capitale.

Cette dernière est très proche de Shoji, le jeune beau-frère de Chizuru qui loge dans un temple à proximité des Asai.

Un jour, il reçoit la visite d’un ancien ami, Amamiya, qui se souvient avec émotion d’Ayako, rencontrée durant sa jeunesse.

Setsuko est persuadée que celui-ci a toujours des sentiments pour sa sœur et va tout faire pour forcer le destin…

Avec La Lune s’est levée, Kinuyo Tanaka se fait l’enthousiaste ambassadrice de son ami Yasujiro Ozu, dont elle adapte ici un scénario inédit.

Tous les motifs chers au célèbre cinéaste sont au rendez-vous, mais ici Kinuyo Tanaka est du côté de la tonique Setsuko, jeune fille moderne et virevoltante.

La maison familiale et les temples autour apparaissent alors comme un délicieux terrain de jeux où, au nom de l’amour, on se cache, on se cherche, on chante et on flirte, en dissimulant bien sûr ses sentiments.

Une comédie de mœurs euphorisante, qui raconte, à sa façon, un pays en train de changer.

Maternité éternelle (Chibusa yo eien nare)

1955 | Japon | 111 mn | Noir & Blanc | 1.37:1 | VOSTF | Restauration 4K

Avec Yumeji TSUKIOKA, Masayuki MORI, Ryoji HAYAMA, Yoko SUGI, Shiro OSAKA et Toru ABE.

Écrit par Sumie TANAKA d’après une œuvre originale d’Akira WAKATSUKI et Fumiko NAKAJO.

Hokkaido, dans le nord du Japon. Fumiko vit un mariage malheureux. Sa seule consolation sont ses deux enfants, qu’elle adore. Un club de poésie devient sa principale échappatoire, et lui permet de se rendre en ville.

Elle y retrouve Taku Hori, le mari de son amie Kinuko qui, comme elle, écrit des poèmes. Elle ressent de plus en plus d’attirance pour lui.

Mais Fumiko découvre qu’elle a un cancer du sein. Alors que ses poèmes sont publiés, elle doit subir une mastectomie.

La jeune femme découvre alors la passion avec un journaliste qui vient la voir à l’hôpital.

Premier film vraiment personnel de sa réalisatrice, Maternité éternelle commence dans les plaines ensoleillées de Hokkaido pour terminer dans les sous-sol d’un hôpital.

Cette trajectoire est celle d’une héroïne sublime et tragique, qui ne faiblit jamais et qui assume jusqu’au bout son désir de liberté, puis son désir tout court. L’audace du film n’a pas d’équivalent dans le cinéma japonais de l’époque et surprend encore aujourd’hui.

Avec Maternité éternelle, Kinuyo Tanaka devient une cinéaste de premier plan.

La Princesse errante (Ruten no ohi)

1960 | Japon | 103 mn | Couleurs | 2.39:1 | VOSTF | Restauration 4K

Avec Machiko KYO, Eiji FUNAKOSHI, Atsuko KINDAICHI, Chieko HIGASHIYAMA et Sadako SAWAMURA.

Écrit par Natto WADA.

En 1937, alors que le Japon occupe la Mandchourie, Ryuko, jeune fille de bonne famille, apprend qu’elle a été choisie sur photo pour épouser le jeune frère de l’empereur de Mandchourie.

La voilà contrainte de quitter le Japon et de s’acclimater à sa nouvelle vie de princesse.

Une petite fille naît, et Ryuko semble heureuse au Palais. Mais bientôt les troupes soviétiques débarquent.

Ryuko est obligée de prendre la fuite à pied, accompagnée de son enfant mais aussi de l’impératrice elle-même.

À la fois film d’aventure et fresque historique, La Princesse errante met pour la première fois la réalisatrice Kinuyo Tanaka au service d’une grande compagnie.

La haute ambition du scénario, l’utilisation du format CinemaScope et de la couleur, ainsi que la performance de la star Machiko Kyo, font de cette coûteuse production un spectacle inoubliable comme seuls les studios savaient en produire.

Qu’un film à gros budget s’articule autour d’un personnage féminin rend l’entreprise encore plus singulière, et constitue un nouveau défi pour Kinuyo Tanaka.

La Nuit des femmes (Onna bakari no yoru)

1961 | Japon | 93 mn | Noir & Blanc | 2.35:1 | VOSTF | Restauration 4K

Avec Chisako HARA, Akemi KITA, Yosuke NATSUKI, Sadako SAWAMURA, Chieko SEKI et Akihiko HIRATA.

Écrit par Sumie TANAKA d’après le roman de Masako YANA.

La jeune Kuniko est pensionnaire d’une maison de réhabilitation pour anciennes prostituées. Malgré la bienveillance de la directrice, la vie n’est pas facile, et comme toutes ses camarades, elle espère s’en sortir.

On lui propose une place dans une épicerie, mais le mari de la patronne et les hommes du quartier sont trop concupiscents.

Kuniko doit s’enfuir, et part travailler dans une manufacture. Devant la méchanceté des autres employées, elle quitte son emploi, pour intégrer une pépinière.

La vie semble devenir plus douce, mais le passé de la jeune femme la rattrape.

Kinuyo Tanaka étonne encore avec ce portrait de jeune femme en résistance, ballotée d’un emploi à l’autre, et menacée, à chaque instant, de retomber dans la fange.

L’énergie de la débutante Chisako Hara porte le récit, toute comme la somptueuse musique de Hikaru Hayashi.

Les nouvelles vagues françaises et japonaises sont passées par là, et la cinéaste réussit une œuvre certes sombre, mais d’un dynamisme et d’une fraîcheur qui prouvent sa faculté d’adaptation à l’époque.

La Nuit des femmes annonce avec brio les films de délinquants juvéniles qui se tourneront dans le monde entier jusqu’à la fin des années 1970.

Mademoiselle Ogin (Ogin-sama)

1962 | Japon | 102 mn | Couleurs | 2.39:1 | VOSTF | Restauration 4K

Avec Ineko ARIMA, Tatsuya NAKADAI, Ganjiro NAKAMURA, Mieko TAKAMINE, Osamu TAKIZAWA et Keiko KISHI

Écrit par Masashige NARISAWA d’après une histoire originale de Toko KON

À la fin du 16e siècle, alors que le Christianisme, venu d’Occident, est proscrit, Mademoiselle Ogin tombe amoureuse du samouraï Ukon Takayama, qui est chrétien.

Le guerrier refuse ses avances, préférant se consacrer à sa foi, et Ogin prend pour époux un homme qu’elle n’aime pas. Mais quelques années plus tard, Ukon revient et lui avoue son amour.

Ogin, qui est la fille du célèbre maître de thé Rikyu, veut reprendre sa liberté. Mais le redoutable Hideyoshi, qui règne sur le pays, a entamé des persécutions anti-chrétiennes.

Pour son dernier film en tant que réalisatrice, Kinuyo Tanaka choisit de s’attaquer au mélodrame en kimono, comme ceux qui firent la gloire de Kenji Mizoguchi.

La beauté de la direction artistique et le casting prestigieux font de cette œuvre ample et émouvante une véritable splendeur et prouvent le niveau d’exigence atteint par la cinéaste.

Mademoiselle Ogin, qui vit « selon ce que lui dicte son cœur », est la dernière héroïne tragique filmée par Kinuyo Tanaka, elle est aussi la plus flamboyante.

 

Site web : https://pariscinemaclub.com/news/kinuyo-tanaka/

Adresse(s) : 23 rue des Écoles, 75005 Paris (Écoles Cinéma Club)

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