Film, le samedi 11 juillet 2026 à 11:00
Une hôtesse de bar du Tokyo d’après-guerre dans la restauration 4K inédite d’un film de Mikio Naruse.
Ginza Cosmetics (Ginza kesho), film de Mikio Naruse sorti au Japon en 1951 et inédit en France jusqu’à sa restauration 4K en avril 2026, est projeté au Louxor (Paris 10e) le samedi 11 juillet 2026 en VOST.
Porté par Kinuyo Tanaka, actrice fétiche d’Ozu et Mizoguchi, ce film constitue l’une des réponses japonaises les plus abouties au néoréalisme italien.
87 minutes, noir et blanc.
Synopsis de Ginza Cosmetics
Yukiko Tsuji est mère célibataire et hôtesse de bar en fin de carrière. Elle travaille sans relâche au Bel Ami, un petit club du quartier de Ginza à Tokyo, pour subvenir aux besoins de son jeune fils Haruo.
Quand sa patronne envisage de vendre l’établissement, Yukiko (criblée de dettes) doit faire face aux avances d’un homme d’affaires peu scrupuleux pour trouver l’argent nécessaire à la survie du Bel Ami.
Une réponse japonaise au néoréalisme italien
Ginza Cosmetics marque la renaissance de la carrière de Mikio Naruse après la guerre. Le film refuse toute dramatisation artificielle. Il adopte une narration douce et flottante, au naturalisme presque documentaire, proche par moments du cinéma de Roberto Rossellini ou Vittorio De Sica.
Naruse accumule les petites défaites, les déceptions et les compromis qui constituent le quotidien de Yukiko. Chaque journée lui apporte son lot de clients mythomanes ou pitoyables.
C’est dans cette succession de désillusions que se révèle la véritable violence de sa condition sociale : un système qui maintient son héroïne dans une précarité constante, tandis que le temps passe.
Akira Kurosawa résumait ainsi l’œuvre de Naruse :
Un grand fleuve à la surface tranquille, agité d’un courant furieux dans ses profondeurs.
Une mise en scène de la résilience
La mise en scène de Naruse repose sur un paradoxe : une fluidité visuelle au service d’un récit sur l’immobilité sociale. La caméra se déplace dans les espaces du Bel Ami et les rues nocturnes de Ginza, mais rien ne change pour ceux qui en occupent les marges.
Naruse fragmente l’espace par ses cadrages, plaçant des éléments architecturaux entre la caméra et ses personnages pour traduire visuellement leur enfermement. Même dans les rues, les compositions serrées et la profondeur de champ limitée suggèrent l’oppression de Yukiko.
Kinuyo Tanaka, l’héroïsme discret du quotidien
Kinuyo Tanaka compose un personnage d’une densité exceptionnelle, par économie de moyens. Son visage devient le théâtre d’émotions contenues. Elle passe avec une fluidité remarquable entre les différents rôles de Yukiko : la professionnelle enthousiaste devant ses clients, la mère absente qui s’inquiète pour son fils, la maîtresse résignée face à un amant indifférent.
Actrice fétiche d’Ozu et de Mizoguchi, Kinuyo Tanaka deviendra par la suite réalisatrice, avec notamment Maternité éternelle et La Nuit des femmes. Elle est ici au sommet de son art.
Le film préfigure par ailleurs l’héroïne de Quand une femme monte l’escalier (1960), autre chef-d’œuvre de Naruse, dont Yukiko annonce la fragile et digne protagoniste.
Informations pratiques sur Ginza Cosmetics
Prochaine projection : samedi 11 juillet 2026 à 11:00
Lieu : Le Louxor, 170 boulevard de Magenta, 75010 Paris