Le 18 avril dernier, nous étions au Novotel Paris Tour Eiffel pour assister à un spectacle de danse et musique traditionnelle japonaise organisé par le Japan Traditional Performing Art Club.
Au programme : du kamigata-mai, du jiuta, et plusieurs instruments traditionnels, présentés par dix artistes japonais venus pour la première fois à Paris.
La salle, bien remplie et composée en majorité de spectateurs français, a suivi le spectacle avec une attention soutenue.
Le programme, pièce par pièce
Hakururi no wan (Le Bol de verre)
Le spectacle s’est ouvert avec un solo de ryūteki joué par Machi Hiroyama. La danseuse Tamao Yoshimura est entrée en scène en silence, plusieurs minutes après le début de la musique, avec une présence à la fois discrète et immédiatement captivante.
Ce décalage entre l’entrée de la flûte et celle de la danseuse créait quelque chose d’hypnotique, presque énigmatique.
Tsuru no koe (Le Chant de la grue)
La deuxième pièce réunissait trois danseuses accompagnées au chant, au shamisen et au kokyū. La chorégraphie à trois, gracieuse et bien coordonnée, a été l’un des moments les plus accessibles et les plus charmants de la soirée.
Cette pièce, traditionnellement chantée lors des mariages, est portée par des symboles de longévité : la grue et les cheveux blancs partagés d’un couple uni toute une vie.
Tsuru no sugomori (La Grue dans son nid)
Un solo de kokyū interprété par Yuji Kikuô. Le kokyū est le seul instrument à cordes frottées du Japon : son timbre entêtant et légèrement âpre ne ressemble à rien d’autre.
Tamao Yoshimura nous a confié lors du cocktail que cet instrument est assez rare dans le répertoire du jiuta-mai, ce qui rendait sa présence au programme d’autant plus notable.
Tanuki
Cette pièce de jiuta tranchait par son caractère humoristique. Elle raconte l’histoire d’un tanuki qui s’introduit dans un sanctuaire, échappe à un garde en implorant sa clémence, et le remercie en battant son ventre comme un tambour.
La musique, légère et rebondissante, fait bien imaginer la scène.
Dan-no-ura (La Bataille décisive)
Hiro Tsuruyama continuait le spectacle au chikuzen-biwa. Ce luth traditionnel japonais, dont l’origine remonte à la Perse antique via la Chine, n’est habituellement pas associé au jiuta-mai : sa présence constituait une curiosité musicale à part entière.
Le biwa racontait ici la chute du clan Taira lors de la bataille de Dan-no-ura au 12e siècle, et son timbre, à la fois grave et tranchant, portait vraiment la tragédie du récit.
Yuki (Neige)
Après une pause de trente minutes, le spectacle se clôturait avec ce kamigata-mai interprété par Tamao Yoshimura, accompagnée au chant, au shamisen et au kokyū. Avec un parapluie comme seul accessoire, la danseuse évoquait les paysages enneigés et la mélancolie d’une geisha d’Osaka abandonnée par son amant.
Les mouvements lents et précis faisaient ressentir à la fois le poids de la neige et celui de la solitude. Une belle conclusion, douce et triste.
L’encore : un kamigata manzai
En fin de concert, les artistes ont offert un encore non annoncé : un kamigata manzai, forme de divertissement traditionnel du Nouvel An dans lequel des performeurs allaient autrefois de maison en maison pour souhaiter la prospérité en chantant et en dansant.
Un moment de légèreté bienvenu pour clore la soirée.
Échanges avec les artistes
La spécificité du jiuta-mai
Le cocktail qui suivait, avec saké offert par la brasserie Hakkaisan et amuse-bouches, a permis un contact direct avec les artistes, tous très accessibles et chaleureux. Tout le monde a pu prendre des photos avec eux.
Andy Oulebsir, interprète de la soirée, était particulièrement disponible lors de ces échanges informels. Nous avons ainsi pu poser nos questions à Tamao Yoshimura, danseuse principale, sur ce qui distingue le jiuta-mai de ce que le public occidental perçoit habituellement.
Elle tenait notamment à souligner la relation particulière entre danse et musique dans cette tradition : la mai (danse) ne « suit » pas la musique, elle la complète, en exprimant par le corps ce que les mots et les sons ne font qu’évoquer.
Par ailleurs, là où la musique classique européenne tend à fondre les instruments en une texture harmonique superposée, le jiuta laisse chaque instrument s’exprimer dans une voix distincte et lisible, sans que les lignes se dissolvent les unes dans les autres.
Un public français réactif
Yuji Kikuô partageait l’enthousiasme général sur l’accueil reçu.
Selon lui, le public français est plus réactif qu’un public japonais dans ce type de contexte : la danse classique traditionnelle se vit au Japon dans un silence très retenu.
Cette soirée parisienne semblait les avoir agréablement surpris !
Crédits
Organisation : Japan Traditional Performing Art Club
Partenaires : Novotel Paris Centre Tour Eiffel, Hakkaisan, Kats Bridge, Kimono Parisienne, Ryuku Otsuka
Interprétation : Andy Oulebsir
Conception graphique de la brochure : Léna Sato
Photos : Le Japon à Paris
Coordination : Soleil Le Vin


