Retour sur l’exposition FUKAMI, une plongée dans l’esthétique japonaise

Retour sur l’exposition FUKAMI, une plongée dans l’esthétique japonaise

L’exposition Fukami avait pour but de synthétiser les éléments des différentes manifestations prévues dans le cadre de Japonismes 2018. Si vous l’avez ratée, en voici un petit compte-rendu !

FUKAMI, une plongée dans l’esthétique japonaise, a pris fin le mardi 21 août. Cette exposition marquait le coup d’envoi de Japonismes 2018, une série d’évènements culturels japonais en France prévus de juillet 2018 à février 2019.

Japonismes 2018 célèbre le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, ainsi que le 150e anniversaire du début de l’ère Meiji lorsque le pays s’ouvrit à l’Occident.

On vous précise d’ailleurs dans l’article les expositions en cours des artistes présentés lors de Fukami !

Introduction

L’exposition Fukami se déroulait à l’Hôtel Salomon de Rothschild, un hôtel particulier dans le 8e arrondissement de Paris. Construit à la fin du XIXe siècle, de style néoclassique, le contraste entre l’intérieur somptueux (escalier d’honneur, cheminée, plafond peint) et les éléments japonais exposés était saisissant !

Hôtel Salomon de Rothschild

L’exposition était organisée autour de 10 thèmes :

  1. Prologue — Dualité d’échos
  2. Exprimer les origines de la vie — Déconstruction et transmission de l’animisme
  3. L’alchimie — Transformer la matière, transformer la perception
  4. Esthétique de la disparition — Minimalisme
  5. Vers le Sud — Les périphéries, réactiver la création
  6. Représentation du désastre et de la crise — Les médias vers une nouvelle existence
  7. Renaissance répétée — Renaissance de l’intangible
  8. Paysage subjectif — Philosophie de la légèreté
  9. Hybridation — Coexistence
  10. Épilogue — Métamorphose

Vous pourrez trouver le détail sur le site officiel de l’exposition.

Prologue — Dualité d’échos

Dora, un gong de Ryôhei Miyata

3 œuvres accueillaient le visiteur, sur 3 étages différents :

  • Dora, un gong de Ryôhei Miyata (1945-) à l’entrée ;
  • un faux tapis fait de motifs peints sur le sol nommé Echoes Infinity de Shinji Ohmaki (1971-) au 1er étage ;
  • et une série de poteries de monstres recouverts d’épines de Shinichi Sawada (1982-) au 2e étage.

Echoes Infinity de Shinji Ohmaki


Des œuvres de Shinichi Sawada sont présentées à l’occasion de l’exposition Art Brut Japonais II, jusqu’au 10 mars à la Halle Saint-Pierre.


Exprimer les origines de la vie — Déconstruction et transmission de l’animisme

Le véritable début de l’exposition commençait par traiter de l’animisme, qui est la croyance en un esprit, une force, ou une divinité qui anime les éléments naturels, vivants ou non. L’animisme se retrouve dans le shintoïsme pratiqué au Japon. On y vénère des kami représentant des animaux, des montagnes, des rivières, etc.

Ces croyances datent de l’histoire ancienne du Japon, on découvrait donc d’abord logiquement des céramiques de la période Jômon (préhistoire japonaise).

Céramiques de la période Jômon

Puis grand écart avec des robes de créateur contemporaines de la marque ANREALAGE de Kunihiko Morinaga, inspirées par ces poteries, et réalisées en collaboration avec le sculpteur Kôhei Nawa (1975-).


Pour découvrir Kôhei Nawa, vous pouvez aller voir jusqu’au 2 décembre l’exposition PixCell-Deer au musée de la Chasse et de la Nature, et jusqu’au 14 janvier 2019 son œuvre monumentale, Throne, sous la Pyramide du Louvre.


Enfin étaient présentées des sculptures sur bois du moine japonais Enkû (1632-1695), et de Picasso (!), évoquant sa période « primitive ». Ces sculptures simplistes d’Enkû sont des statuettes de bouddha. Elles pouvaient être utilisées en tant qu’offrande votive (à un dieu), auxquelles on attribuait un sens mystique et des pouvoirs surnaturels.

L’alchimie — Transformer la matière, transformer la perception

Dans cette section, zoom sur les matériaux et sur la laque (sève de laquier), qui rend la surface du bois lisse et dure au toucher, mais aussi lustrée, noire, presque métallique. Le travail de Shibata Zeshin (1807-1895) était d’abord mis en avant avec divers objets peints de motifs délicats. Puis sont présentées les œuvres d’Anne Laure Sacriste (1970-), artiste contemporaine française, dont les installations minimalistes associent le métal au tissu.

Anne Laure Sacriste

Enfin, Prunier (ou abricotier) et coq sous la neige d’Itô Jakuchu (1716-1800) était présenté. Du courant dit des « idées insolites », ses peintures (sur)réalistes mêlent décors naturels et motifs animaliers, généralement des coqs ou poules.


Une grande exposition sur Jakuchu est proposée jusqu’au 14 octobre au Petit palais, profitez-en !


Esthétique de la disparition — Minimalisme

L’esthétique minimaliste est ancienne au Japon, puisqu’elle vient du bouddhisme zen, introduit entre le VIe et le XIIIe siècle. Son expression dans les beaux-arts contemporains date de la fin des années 1960 avec le mouvement Mono-ha (l’école des choses). Lee Ufan (1936-) et Noriyuki Haraguchi (1946-), présentés ici, en font partie.

Lee Ufan proposait Relatum Dwelling (2), un sol jonché de plusieurs couches de morceaux d’ardoises qu’il a lui-même brisé, et qui craque sous les pieds du visiteur. Une vidéo diffusait une danse de Min Tanaka (1945-) dans un bassin rempli d’huile créé par Noriyuki Haraguchi.

Paysages marins de Hiroshi Sugimoto

Des photographies de Paysages marins de Hiroshi Sugimoto (1948-) étaient également exposées, représentant l’horizon de différentes mers du globe. Enfin l’installation de Yoshihiro Suda (1969-) consistait simplement en une fleur asagao (Ipomoea nil, belle-de-jour japonaise) évoquant l’été japonais.

Vers le Sud — Les périphéries, réactiver la création

Cette section mettait en lumière les îles du sud-ouest du Japon, au climat subtropical, en particulier Amami Ôshima (grande île d’Amami). 6 œuvres du peintre Isson Tanaka (1908-1977) représentant la faune et la flore de l’île étaient exposées, ainsi que des œuvres antérieures de paysages plus « traditionnels ».

À ces peintures s’ajoutait la vidéo Dokkyaku (« Visiteur solitaire ») de Seiha Kurosawa, Kanako Azuma et Hideki Umezawa, associant un texte d’Edouard Glissant aux paysages des îles Amami.

4 gravures sur bois de Paul Gauguin, période tahitienne, venaient compléter cette scénographie.

Représentation du désastre et de la crise — Les médias vers une nouvelle existence

Il semblait inévitable d’évoquer les catastrophes : naturelles, qui touchent régulièrement le Japon, mais aussi « artificielles ». Une salle obscure présentait ce thème via une vidéo de Daito Manabe (1976-), Guerre invisible. Cette oeuvre permettait de visualiser une cartographie mondiale des cyberattaques dans l’environnement du web.

Daito Manabe, Guerre invisible

Des photographies d’orages de Ryo Hiraoka (1983-) étaient également proposées.

Renaissance répétée — Renaissance de l’intangible

Une maquette en bois brut du sanctuaire shinto d’Ise était ici exposée. Elle est l’oeuvre de SANAA, duo d’architectes composé de Kazuyo Sejima (1956-) et Ryûe Nishizawa (1966-). Ce sanctuaire est reconstruit à l’identique tous les 20 ans. On voyait d’ailleurs sur la maquette un terrain vide à côté du sanctuaire, où ce dernier est prêt à être bâti. Cette reconstruction a pour but de renouveler la pureté de l’esprit shinto, affaibli par la vétusté du sanctuaire.

A côté de cette maquette était diffusée une vidéo sur la légende Ainu shin’yo shu (« Tombent, tombent les gouttes d’argent »), traduite de l’aïnou en japonais par Yukie Chiri (1903-1922). Les aïnous sont une minorité ethnique pauvre du nord du Japon. Yukie Chiri traduisit des poèmes épiques aïnous afin d’empêcher leur disparition, cette culture se transmettant à l’oral.

Paysage subjectif — Philosophie de la légèreté

Une salle était consacrée aux estampes et aux encres sur papier pour ce thème, avec principalement 12 œuvres de la série des Trente-six vues du mont Fuji de Katsushika Hokusai (1760-1849), que l’on ne présente plus.

 

Sengai Gibon

On retrouvait également 3 œuvres de Sengai Gibon (1750-1837). Moine devenu peintre et calligraphe sur le tard, il a créé des œuvres poétiques au lavis, destinées à l’éducation sociale du peuple. Il a principalement dessiné des représentations de Hotei, le bouddha rieur (moine bouddhiste chinois légendaire qui porte un grand sac de toile) ou de bodhisattvas, deux sujets que l’on retrouve ici. Une réplique de l’étonnant ○△□ était également proposée.

○△□

Et enfin, 2 peintures de Hakuin Ekaku (1686-1769), également moine-peintre, résumaient son oeuvre simpliste, évoquant l’esprit zen, et humoristique.

Hakuin Ekaku

Hybridation — Coexistence

La vidéo Co(AI)xistence de Justine Emard (1987-) montrait un échange pour le moins compliqué entre le comédien Mirai Moriyama et le robot Alter, développé par les laboratoires des chercheurs en intelligence artificielle Takashi Ishigami et Hiroshi Ishiguro.

Co(Ai)xistence de Justine Emard

Épilogue — Métamorphose

On retrouvait Kohei Nawa (1975-) pour cet épilogue, avec Foam : un gros nuage de mousse éclairé d’une lumière bleutée dans une pièce maintenue dans le noir. Les visiteurs pouvaient se promener autour de ce nuage moussant et mouvant.

Foam de Kohei Nawa

Conclusion

Fukami avait pour ambition d’évoquer les différentes manifestations prévues dans le cadre de Japonismes 2018. En cela, l’exposition était pour nous réussie ! Une vraie plongée À TRAVERS L’HISTOIRE dans LES esthétiqueS japonaiseS.

Les sujets évoqués étaient ainsi vastes et les œuvres très diverses : forcément, elles ne nous ont pas toutes convaincues. Le mauvais côté, c’était surtout que le rapport entre les œuvres d’une même thématique était parfois peu évident, et le fil de l’expo dur à suivre. Mais c’était le prix à payer pour avoir une exposition (presque) exhaustive.

Si vous voulez voir d’autres photos, vous en trouverez sur le site officiel de l’exposition.

Seul regret, le catalogue de l’exposition ne sera disponible qu’en février 2019, dommage…

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