Film
Un film dystopique sur la jeunesse en révolte.
Happyend marque le premier long métrage de fiction de Neo Sora, fils de Ryuichi Sakamoto. Le réalisateur, né à New York en 1991, signe ici une œuvre puissante et engagée.
Dans un Tokyo futuriste menacé par un séisme imminent, deux lycéens inséparables défient l’autorité. Leur amitié vacille lorsque leur établissement bascule sous le contrôle d’une intelligence artificielle.
Présenté au Festival de Venise en 2024 dans la section Orizzonti, le film a également été projeté au Festival de Toronto.
La critique internationale a salué cette dystopie sociale qui interroge la surveillance et la résistance.
Projection de Happyend au cinéma Le Luxy
Le vendredi 13 mars 2026, le cinéma Le Luxy à Ivry-sur-Seine propose une soirée dédiée au Japon contemporain. L’occasion de découvrir ou redécouvrir Happyend sur grand écran.
Une soirée double autour du Japon contemporain
La programmation s’articule autour de la thématique « Le Japon contemporain, entre mélancolie et résistances ». Deux films composent cette veillée cinématographique :
- À 18:00, 5 centimètres par seconde de Yoshiyuki Okuyama en version originale
- Pause gourmande
- Puis, à 20:15, Happyend de Neo Sora
Informations pratiques
La séance de Happyend débute à 20:15 en version originale sous-titrée. Le film dure 1h53.
Voici les tarifs appliqués :
- Tarif unique par film : 3,50 euros (moins de 31 ans) ou 6,50 euros (31 ans et plus)
- Pass veillée pour les deux films : 5 euros (moins de 31 ans) ou 7 euros (31 ans et plus)
Les pass veillée s’achètent uniquement à la caisse du cinéma. Les billets par film peuvent s’acheter en ligne ou à la caisse.
L’univers de Happyend : Tokyo sous surveillance
Neo Sora construit une dystopie ancrée dans les angoisses contemporaines du Japon. Son scénario mêle fiction politique et réflexion sur l’adolescence.
Un futur proche menaçant
L’action se déroule dans un Tokyo fictif où plane la menace constante d’un séisme dévastateur. Cette angoisse imprègne chaque scène du film.
Le réalisateur s’est inspiré des tremblements de terre historiques qui ont marqué le Japon. Notamment celui de 1923, suivi d’un génocide du peuple coréen Zainichi. Cette recherche nourrit la dimension politique du récit.
L’intelligence artificielle de surveillance installée dans le lycée fait écho aux systèmes actuels de contrôle social. Neo Sora interroge ainsi les dérives potentielles de ces technologies.
Deux amis face à l’autorité
Yuta et Kou incarnent deux réponses opposées à l’oppression. L’un choisit l’indifférence, l’autre la révolte.
Après un mauvais coup, la direction déclenche des représailles. Le climat de suspicion généralisé met leur amitié à rude épreuve. Leur relation devient le miroir des tensions sociales qui traversent le film.
Les deux protagonistes sont interprétés par des acteurs non professionnels. Seul Yuta Hayashi, qui joue Ata-chan, avait une expérience du jeu. Cette direction d’acteurs apporte une authenticité saisissante.
Neo Sora, réalisateur engagé
Le parcours de Neo Sora reflète son engagement artistique et politique. Avant Happyend, il avait réalisé le court métrage The Chicken en 2020, sélectionné au Festival de Locarno.
En 2023, son documentaire Opus sur le compositeur Ryuichi Sakamoto a été présenté au Festival de Venise. Ce film témoignait déjà de sa sensibilité particulière.
Pour Happyend, Neo Sora puise dans ses expériences personnelles. La catastrophe de Fukushima en 2011 a marqué son éveil politique. Ces événements ont nourri sa réflexion sur le Japon contemporain.
Le réalisateur vit entre New York et Tokyo. Cette double culture enrichit son regard sur la société japonaise et ses mutations.
Les choix artistiques de Happyend
Neo Sora et son équipe ont développé un langage visuel et sonore spécifique. Chaque élément technique sert le propos du film.
Une mise en scène symbolique
Le directeur de la photographie Bill Kirstein a collaboré étroitement avec Neo Sora. Ensemble, ils ont créé une esthétique qui traduit l’instabilité du monde.
Les jeux d’ombre et de lumière symbolisent la menace permanente du tremblement de terre. Dans une scène de club, une lumière oscillante révèle les failles de l’amitié entre Yuta et Kou.
Le cadrage privilégie une grande profondeur de champ. Les silhouettes humaines se détachent contre l’architecture massive. Ce contraste souligne l’écrasement des individus par le système.
Certaines scènes montrent des conflits observés de loin. Les personnages spéculent sur ce qui se dit à distance. Cette technique ajoute subjectivité et complexité au récit.
La musique comme acte de résistance
La compositrice Lia Ouyang Rusli a créé une partition qui mêle électronique et arrangements classiques. Son projet parallèle OHYUNG explore déjà les sonorités techno et ambiantes.
Neo Sora a structuré l’univers sonore en trois couches. D’abord, les sons objectifs du monde (bruitages, dialogues). Ensuite, la musique qui existe dans le film, reflet subjectif des personnages. Enfin, la partition elle-même, point de vue du réalisateur.
Le DJ ¥ØU$UK€ ¥UK1MAT$U (Yousuke Yukimatsu) apparaît dans une scène de club. Neo Sora voulait donner une authenticité aux séquences nocturnes, souvent ratées selon lui dans les films.
La chanson folk Kurokurae-bushi (Eat Shit Song) de Nobuyasu Okabayashi ponctue le récit. Cette chanson contestataire a été interdite au Japon dans les années 1960. Son utilisation renforce la dimension politique du film.
Le titre Happyend lui-même joue sur l’antagonisme des mots. Neo Sora cherchait à capturer à la fois l’effroi et l’énergie de la jeunesse. Un sentiment ambivalent qui traverse tout le film.