Film, le lundi 22 juin 2026 à 19:30
Quatre contes fantastiques du folklore japonais dans une nouvelle restauration 4K en salles dès le 1er juillet 2026
Le chef-d’œuvre de Masaki Kobayashi Kwaïdan ressort en salles en France le mercredi 1er juillet 2026 dans une nouvelle restauration 4K. Toho Archive a réalisé cette restauration en 2025.
Avant la sortie nationale, une avant-première est organisée le lundi 22 juin à 19:30 au cinéma l’Arlequin (Paris 6e).
Avant-première le 22 juin à l’Arlequin, présentée par Stéphane du Mesnildot
Stéphane du Mesnildot présente cette avant-première. Journaliste aux Cahiers du cinéma de 2010 à 2020, il est spécialiste du cinéma d’avant-garde japonais des années 1960. Il est notamment l’auteur de Fantômes du cinéma japonais (Rouge Profond, 2011) et de Soleil rouge, une histoire du cinéma rebelle japonais (Façonnage éditions).
Par ailleurs, il a été commissaire associé pour le cinéma lors des expositions Enfers et fantômes d’Asie (2018) et Ultime combat, arts martiaux d’Asie (2021) au Musée du Quai Branly.
Kwaïdan, quatre contes fantastiques adaptés de Lafcadio Hearn
Sorti en 1964, Kwaïdan a remporté le Prix spécial du jury au Festival de Cannes 1965.
Le film adapte quatre contes tirés du recueil éponyme de Lafcadio Hearn (1850-1904). Cet écrivain d’origine irlandaise et grecque s’est installé au Japon en 1890, où il s’est naturalisé sous le nom de Yakumo Koizumi. Il a consacré la seconde partie de sa vie à collecter les légendes et récits fantastiques de l’archipel.
- Les Cheveux noirs : un samouraï abandonne sa première femme pour en épouser une plus riche. Hanté par son ancien amour, il finit par rebrousser chemin.
- La Femme des neiges : deux bûcherons surpris par une tempête croisent une mystérieuse créature glaciale. Le survivant doit promettre de ne jamais révéler ce qu’il a vu.
- Histoire de Hoïchi sans oreilles : un jeune aveugle au chant exceptionnel réveille malgré lui les fantômes des guerriers Heike, vaincus jadis dans la baie de Dan-no-ura.
- Un bol de thé : un samouraï voit apparaître un visage au fond de son bol. L’homme finit par se manifester en chair et en os.
Une esthétique entre traditions japonaises et expressionnisme pictural
Kobayashi a tourné Kwaïdan entièrement en studio, dans des hangars d’avions reconvertis. Le chef opérateur Yoshio Miyajima et le directeur artistique Shigemasa Toda ont conçu des décors de toiles peintes monumentales. Ainsi, paysages oniriques, ciels colorés et forêts stylisées remplacent tout naturalisme. Le rouge, le blanc et la transparence fonctionnent comme des signes symboliques.
La musique de Tōru Takemitsu refuse toute fonction illustrative. Grincements, nappes sonores et silences organisés créent un hors-champ acoustique. Ce dispositif suggère l’irruption du surnaturel avant toute manifestation visuelle. Instruments traditionnels japonais et sonorités électroniques y coexistent pour un résultat contemplatif et durablement dérangeant.
Le concept de mujo et l’héritage du film
Kwaïdan traverse le concept bouddhiste de mujo : toutes choses sont impermanentes. Aussi, le film relève davantage de l’angoisse sourde que de la terreur brute. Ses fantômes apparaissent lentement, avec une indifférence plus troublante que la violence. Il n’y a aucun jump scare. Le temps se dilate.
Cette esthétique de la lenteur et du vertige psychologique a ensuite irrigué le cinéma d’horreur japonais. Ring (1998) de Hideo Nakata, Kaïro de Kiyoshi Kurosawa et Audition (1999) de Takashi Miike en sont les héritiers directs.
Informations pratiques sur Kwaïdan
Avant-première : lundi 22 juin 2026 à 19:30 au Cinéma l’Arlequin, 76 rue de Rennes, 75006 Paris. Présentée par Stéphane du Mesnildot
Sortie nationale : mercredi 1er juillet 2026